David Michôd : "Je ne suis pas cynique".
Portrait du réalisateur de "The Rover" après "Animal Kingdom"
«Je suis d’accord, mes films sont brutaux et sombres, mais The Rover, comme Animal Kingdom, joue
surtout avec des genres que j’aime : la science-fiction, les films
d’action, le western. J’ai écrit le scénario de celui-là peu après la
crise économique mondiale. Les financiers responsables n’ont pas été mis
face à leurs responsabilités, aucun compte ne leur a été demandé : ma
colère s’est transformée en réflexion sur le monde qui pouvait advenir
si ce processus continuait, même s’il ne s’agit évidemment pas d’un film
à thèse. The Rover crée un monde qui serait l’extension de
celui d’aujourd’hui si on laisse les choses filer. Je ne suis pas
anticapitaliste, mais contre le capitalisme excessif et pour une
régulation. Les gens qui ont du pouvoir sont souvent psychopathes, et il
est nécessaire de les tenir à l’œil.
«Je ne connaissais pas l’outback [le désert australien, ndlr]
avant le tournage. Cet endroit est mythique et fait partie de
l’imaginaire du pays. Il s’est révélé aussi terrifiant et inspirant que
je l’imaginais.
«Je vis entre Sidney et Los Angeles. J’ai
rencontré Robert Pattinson à LA il y a plusieurs années et je l’ai
immédiatement apprécié. Il est intelligent, il dégage une énergie
étrange et j’aime son visage : à la fois très beau, étrange et très
ouvert.
«Ma mère est hôtesse de l’air, mon père vend des
ordinateurs. Avant de faire du cinéma, j’avais un job administratif au
ministère de l’Education nationale, pas inintéressant mais j’ai réalisé
que cette carrière était en train de me choisir et non l’inverse. J’ai
intégré une école de cinéma à Melbourne. Pendant un temps, j’ai aussi
travaillé à Inside Magazine, où j’ai commencé comme
standardiste pour devenir trois ans plus tard rédacteur en chef. Ça m’a
évidemment fait réfléchir au cinéma que je voulais faire.
«A la
fac, où j’ai étudié la littérature et la philosophie, j’étais obsédé par
Jacques Derrida, il a complètement changé ma façon d’envisager la
signification. Et Michel Foucault m’a fait prendre conscience du fait
que le langage régit le monde, avec des soubassements et des enjeux
politiques. Ah, non, je ne suis pas cynique ni nihiliste, plutôt
sentimental. Je me réveille chaque matin avec un sentiment de joie et
d’émerveillement. Et à mes yeux, contrairement à Animal Kingdom, The Rover est aussi un film d’amour. Ces frères s’aiment, même si c’est à leur façon, très primitive.»
Source : Libération